June Rain dans les Nouvelles
October 17, 2000, Singapore (Anglais)

Nov 16-17, 2002, Vientiane, Laos
December, 2003, Vientiane, Laos

Quand Thép Thavonsouk m'a montré sa série des peintures "June Rain" je n'ai eu qu'une idée en tête: faire comme Mia Farrow dans "la Rose Pourpre du Caire". Vous savez, rentrer dans la toile et m'y promener à ma guise des heures durant.

Mais connassez-vous la mousson? "Oui, oui, me dites-vous, c'est la saison des pluies en Asie". Certes, mais c'est beaucoup plus que ça. Avec la peinture de Thép, passez à travers le rideau de pluie et laissez-vous entrainer au-delà.

La mousson, c'est un état, une mentalité, l'attente de quelque chose d'immanent, de vital. C'est un vœu exaucé, un souffle de vie qui vous est rendu. C'est une chappe de cendres noires vissée au dessus do vos têtes qui s'ouvre pour lâcher des trombes d'eau puis s'evanouit pour laisser place a une chaleaur étouffante dans une lumière aveuglante.

J'ai vécu vingt ans sans mousson. En Europe, mes sens s'étaient habitués au rythme des quatre saisons. Je croyais même avoir trouvé un arrangement avec ce cycle et goûtais au charme des giboulées de mars annonçant l'arrivée du printemps. La mousson, je n'en rêvais même plus.

Quand je suis retournée au Laos après cette longue absence, il plu dès la première nuit. Je l'ai d'abord pris comme un signe de bienvenue.

Mais la boîte ou j'avais précieusement rangé "ma" mousson s'est ouverte brusquement et tout m'est revenu: la nuit épaisse et poisseuse, le cliquetis du ventilateur qui ne faisait qu'insister sur le manque d'air et de sommeil, les eclairs zigzagant à peine dans le noir, le léger bruissement des arbres en réponse au roulement lointain du tonnerre annonçant une plue qui ne venait pas. L'attente. Le supplice pouvait durer des jours. Puis, doucement on entendait craquer les toits en tôle ondulée: le vent arrivait chargé de gouttes de pluie qui commençaient par tambouriner. Le son et le rythme s''intensifiait selon la quantité d'eau qui se déversait jusqu'a atteindre l'assourdissement total.

Enfant, je ne manquais jamais le spectacle de ces cordes tombant raides du ciel. Chez nous on appelle ça des "Saaifone". A la lumière de l'unique néon de la rue, je voyais les caniveaux se remplir, se gonfler, déborder, puis tout emporter. S'il avait fait très chaud dans la journée une vapeur épaisse montait d'abord de cette même rue. Je prenais tout, j'aspirais tout: les toits qui chantaient sous la puie, des éclairs confirmant un univers gris-noir noyé sous les flots. La foudre claquait à proximité, faisant hurler les enfants et trembler les chiens.

"Mais que fait-ell dehors? - Elle regarde la pluie - Elle est folle - Elle va attraper la mort..." disaient mes parents ahuris. Ne comprenant rien à ma fascination de la Mousson, l'un d'eux finissait par m'arracher à ce spectacle en me menaçant d'un "rentre, tu vas tomber malade..." Comment leur dire qu'assister au retour de la vie ne pouvait pas rendre malade. Ça n'était pas possible...

Voilà comment je vois les "June Rain" de Thép Thavonsouk. Ce sont certes, des couleurs, une technique mais plus que tout un tourbillion d'émotions.

Rentrez dans son univers et vous comprendrez ce que je viens de vous dire.

Ratsamy Viphakone-Szafran
Paris, 2006

 

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